« Sa vie est tissée d’impossibles possibilités »

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Dans sa centième année, le sociologue publie « Frères d’âme », un dialogue avec l’agroécologiste Pierre Rabhi. Sa « pensée complexe » n’a jamais été aussi actuelle, selon la philosophe Barbara Cassin.

French philosopher and sociologist Edgar Morin speaks during a seminar at the Faculty of Education of Montpellier, southern France, on March 13, 2019. (Photo by Pascal GUYOT / AFP) (Photo by PASCAL GUYOT/AFP via Getty Images)

« A force de rajeunir, on vieillit, et le processus de rajeunissement se déglingue, se détraque et, effectivement, si on vit de mort, on meurt de vie » (« Introduction à la pensée complexe », 1990). Edgar Morin aura 100 ans en juillet, il sourit, il pense, il écrit, il aime, c’est un grand vivant. Oui, mourir de vivre, c’est autrement mieux que de mourir de mort.

« Je suis tout ce que j’ai rencontré », dit-il souvent. Le hasard fait partie de la causalité, dans la science comme dans la vie. Rien là d’aberrant ni de contradictoire, c’est juste « complexe ». Voilà le grand mot lâché. Tout est complexe : le simple fait partie du complexe, c’est même cela qui les rend, l’un comme l’autre, complexes.

Mais que veut dire « complexe » exactement ? C’est simple : « tissé ensemble » – comme un fil de chaîne et un fil de trame, la métaphore même du politique depuis Platon. Car une tapisserie, c’est toujours plus et moins que la somme de ses parties. Chacun est plus et moins que lui-même, nous sommes plus et moins que tous ensemble. Tout est dans le et, qui fait qu’Edgar Morin se reconnaît plutôt dans Héraclite et dans Hegel que dans Descartes : Morin du « en même temps », jusque dans la rationalité de la science.

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